Vous êtes ici

Canada : un vol agricole record de 18 millions de dollars

Bois & Forêts
print printmail
Partager cet article :

 

 

Le Québec a été le théâtre d’un vol spectaculaire qui a défrayé la chronique, comme le rapporte une enquête de l’hebdomadaire américain Business Week dans son édition du 4 janvier 2013. Un vol ayant affecté une production qui est devenu le symbole du pays, le sirop d’érable.

 

 

Le magazine révèle ainsi que 10% (soit environ 18 millions de dollars) de la production nationale a été volée courant 2012, et que cette affaire a permis de révéler des dysfonctionnements graves dans l’organisation de cette filière.

 

La province du Québec est le premier producteur mondial de cette culture arboricole. Elle produit 52.000 tonnes  par an de ce sirop ambré et succulent, et réalise à elle seule 71% de la production planétaire.

 

Une affaire rocambolesque qui a mis le Quebec en émoi

Le matin du 30 juillet 2012, Michel Gauvreau, un comptable chargé d’auditer l’inventaire de la Fédération des Producteurs Acéricoles du Québec, entra dans l’immense entrepôt qui abritait la réserve de sirop d’érable la plus importante du monde, à Saint-Louis-de-Blandford, à deux heures au nord-est de Montréal. A l’intérieur se trouvaient 16 000 fûts de 280 kilos chacun, contenant du sirop d’érable. Mais quand M. Gauvreau ouvrit l’un des tonneaux, il ne trouva pas du sirop d’érable, mais de l’eau!  60%, soit presque 3 tonnes de sirop avaient disparu.

 

Siphonner et transporter autant de sirop n’est pas un petit exploit. Cette prouesse aurait nécessité l’utilisation d’une centaine de semi-remorques. « Voler cette quantité de sirop implique de connaitre le marché » dit Simon Trépanier, directeur adjoint à la Fédération des Producteurs Acéricoles du Québec. « Ici, nous ne parlons pas de petits joueurs. »

 

Il est vrai que le sirop d’érable est ici considéré comme un véritable or liquide : selon le prix du marché, un sirop d’érable de classe A (supérieure), est de 24 euros le gallon (environ 4,5 litres), soit à peu près 13 fois le prix du pétrole.

 

Si l’on ne sait toujours pas qui sont les auteurs du vol, de forts soupçons pèsent sur quelques producteurs et acheteurs identifiés (22 suspects), et on peut indéniablement constater que des tensions existaient entre eux et la Fédération des Producteurs Acéricoles du Québec.

 

Le sirop volé préoccupe toujours les producteurs de la Fédération, qui craignent que de tels volumes ne perturbent le marché libre expert, notamment US, et que les plus gros acheteurs n’acquièrent plus le sirop canadien. Il n’y a en effet pas grand espoir que la Fédération récupère son sirop évaporé au-delà des frontières.

 

La Fédération, un cartel légal tout puissant…

La Fédération opère depuis 2002 comme un cartel légal, fixant les quotas de production et les prix et stockant le sirop excédentaire. Elle est également à l’origine de la création d’une agence commerciale centrale et un système de quota pour la majorité des ventes. En termes de prix d’achat, le système a été bénéfique puisqu’il a augmenté de plus de 30% sur la dernière décennie.

 

Pendant une décennie, la Fédération s’est battue pour vaincre ceux qui s’opposaient à son règne, dans une série de batailles légales que les médias locaux ont baptisé « la guerre de l’érable ». Quelques spécialistes ont observé que leurs tentatives pour contrôler la distribution du sirop avaient, en fait, initié une économie souterraine. « Avec un peu de recul, c’est quelque chose qui aurait pu être prévu. », dit Marc Van Audenrode, un économiste qui a étudié cette activité. 

 

… Mais contesté

Pour certain, tout ce dispositif est trop centralisé et bureaucratique. Si vous voulez exploiter un érable au Québec, vous devrez soit acheter un terrain à une personne qui a acquis une allocation ou ayant fait une demande d’allocation de la Fédération, un procédé qui peut prendre des années. 1 200 producteurs sont sur la liste d’attente.

 

Les producteurs sont libres de dépasser leurs quotas, mais ils ne seront payés que lorsque la Fédération aura épuisé son stock. Les quotas peuvent également induire une surveillance abusive : par exemple, si un producteur oublie de vendre à la Fédération une année, il pourrait se voir demander sa facture d’électricité, pour voir s’il ne fait pas bouillir de sirop.

Les acheteurs et producteurs pris en train d’essayer de contourner le système sont condamnés à payer de lourdes amendes. Dans les forêts canadiennes, une rébellion a commencé.

 

Néanmoins, à l’été 2012, la Fédération avait largement pris le dessus sur les mécontents et approchait d’une étape importante qui allait matérialiser sa domination. Pour stabiliser complètement les prix, les actuaires ont calculé que la Fédération devait garder des réserves de sirop équivalentes à 18.000 tonnes. La Fédération était en train de construire un établissement pour contenir ce volume. Dans le même temps, elle a commencé à mettre de côté le surplus de sirop à un entrepôt qu’elle louait à Saint-Louis-de-Blandford. La seule sécurité dont disposait ce bâtiment était un gardien intermittent.

 

Qui sont les acériculteurs ?

Pour la plupart des producteurs de sirop d’érable, il s’agit d’une seconde carrière, une source de revenus supplémentaire, voire pour certains un loisir, mais leur investissement et leur chiffre d’affaires ne sont pas pour autant négligeables.

 

En 2012, la production de la seule province du Québec  représente  43 000 tonnes, ce qui équivaut à 204 millions d’euros. Les deux tiers des exportations partent en direction des Etats Unis, et le dernier tiers va essentiellement au Japon, en Allemagne, en France et en Grande Bretagne. Les supermarchés canadiens proposent de nombreux produits dérivés de l’érable : sucre, beurre, épices pour la viande, vinaigrette, café, thé, et même du parfum !

 

La production de sirop se déroule entre février et avril, dans la vingtaine de jours avant le printemps où il n’y a plus de gel, créant une pression qui oblige la sève à sortir par un trou creusé dans le tronc de l’arbre. La concentration de sucre est élevée à 14% (la concentration de sucre naturellement présente dans le sirop est 3%). Ensuite, le sirop est bouilli, pour faire monter le taux de sucre à exactement 66%.

 

La Fédération, une influence pas nécessairement bénéfique

De nombreuses questions se posent quant à la survie de ce système québécois hautement contrôlé.

En juin dernier, le sénateur américain Charles Schumer proposa d’insérer le « Maple Tap Act » dans le Farm Bill pour accorder des subventions aux fermiers afin qu’ils puissent exploiter le sirop des érables sur les terrains privés, ainsi que pour promouvoir la filière. L’Etat de New York possède 280 millions d’érables qui peuvent donner du sirop (soit trois fois plus qu’au Québec) mais très peu sont exploités comme tels.

 

Ainsi, le Québec voit arriver de sérieux adversaires sur ses marchés export, et le système de la Fédération n’est peut-être pas le meilleur pour rester concurrentiel.

 

Agathe Cros

 



Liens :
Responsabilités en matière de gestion des risques lors de travaux forestiers
Fonds de garantie : les dommages causés par des animaux sauvages ne sont plus indemnisés
Les forêts en danger face à la sécheresse

Lire les autres sujets

Tous vos EPI: masque phyto, gants... sur notre boutique !

Agrisur Boutique EPIAgrisur Bourique EPI

Quelques entreprises partenaires

;      Centre d'observation catastrophes naturelles

suivez-nous :      facebook                           Twitter

Abonner-vous : Flux RSS