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Scandales sanitaires : un casse-tête chinois

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La récente affaire des 16.000 cadavres de porcs retrouvés dans la rivière Huangpu, près de Shanghai a jeté une nouvelle fois le trouble sur les pratiques agro-alimentaires en Chine. Depuis 2008, on assiste à une hécatombe de scandales sanitaires dans le pays du soleil levant. 

 

La longue série a commencé avec l’affaire du lait à la mélamine, véritable traumatisme national qui causa la mort de 6 enfants et des problèmes rénaux à 394.000 bébés. Puis vint le dossier des  additifs cancérigènes retrouvés dans les nouilles de riz, de nombreuses affaires de vins frelatés, un scandale de champignons blanchis à l’eau de Javel et des thés aux terres rares en 2010. Il faut également compter avec le porc vitaminé au clenbutérol et le chou gonflé au formol, les pastèques explosives gavées aux accélérateurs de croissance et la récupération des huiles de cuisson des restaurants pour les remettre sur le marché en 2011, le Coca Cola au chlore et les pilules enrobées au chromium en 2012. La liste est sans fin, et les scandales n’épargnent pas les grandes enseignes étrangères de la restauration rapide, à l’instar de KFC: en 2012, on a découvert que les poulets contenaient des quantités excessives d’antibiotiques. La chaine aux 5200 restaurants  a perdu 20% de son chiffre d’affaires en 2012.

 

 

En 2011, les autorités chinoises ont dénombré pas moins de 62.000 cas de production ou de vente d'aliments insalubres, et 15% des consommateurs en Chine seraient victimes chaque année d’intoxications alimentaires.  L’ampleur du phénomène est telle que selon un sondage rapporté par le quotidien China Daily, la sécurité alimentaire est aujourd'hui la première préoccupation des consommateurs chinois, devant le paiement des frais médicaux et l'éducation des enfants.

 

De très petites structures peu rentables

D’autres facteurs expliquent la faible qualité des produits: l’Empire du Milieu dénombre 200 millions de familles paysannes, chacune exploitant en moyenne 0,7 hectare. C’est encore pour beaucoup une agriculture de subsistance. Le revenu moyen de ces familles est trois fois inférieur à celui des citadins, pourtant constitué en majorité d’ouvriers.  

La Chine compte également un demi-million de sociétés de transformation alimentaire, la plupart ayant moins de 10 employés. La petite échelle de toutes ces exploitations signifie que les propriétaires ne disposent pas d’assez de ressources pour investir dans de nouvelles techniques qualitatives.

 

Le cas des cadavres de porcs, non résolu, est symptomatique de ce qui a dû se produire si on en croit l’hypothèse la plus probable. Les animaux auraient été infestés par un virus, et faute d’indemnisations (étatique ou via une assurance privée), les éleveurs se seraient débarrassées de leurs animaux malades pour ne pas devoir payer des fonctionnaires corrompus pour détruire leurs cheptels.

 

Une agriculture intensive

Les chinois représentent 20% de la population mondiale, et ne disposent que de 8% des terres arables. Résultat: les sols sont surexploités, l’utilisation d’engrais est massive (5 fois plus qu’aux Etats-Unis) et l’ensemble se dégrade rapidement.  Il faut pourtant nourrir une population de plus en plus exigeante, avec des habitudes alimentaires qui s’occidentalisent (consommation de viande et de lait notamment).

 

Des choux au formol

Entrainés dans une croissance exponentielle, certains producteurs chinois semblent prêts à beaucoup pour vendre leurs produits, quitte à intoxiquer leurs concitoyens. Par exemple, certains n’ont pas hésité à couvrir des choux de formol (substance irritante et cancérigène), pour allonger leur date de conservation et les conserver frais plus longtemps, évitant les pertes lors des transports.  Selon l’agence de presse étatique Xinhua, les autorités ont demandé aux commerçants d’utiliser des camions réfrigérés pour stocker les légumes sans avoir à utiliser de substance toxique. Mais dans la mesure où aucune loi n’interdit l’utilisation de formol, la question de la sanction devient problématique. En effet, si le problème des métaux lourds et des pesticides a déjà été abordé, il n’en est rien pour le formol, bien que la presse ait dénoncé son utilisation sur des champignons et des fruits de mer. Un contrôle surprise sur un grand marché ouvert a permis de détecter la présence de cette substance sur 120 tonnes de choux. Ce légume faisant partie des bases de la cuisine chinoise, on peut facilement imaginer l'ampleur de la catastrophe sanitaire.

 

Les inquiétudes se focalisent à nouveau sur le lait

En janvier 2013, les inquiétudes des organismes sanitaires sont revenues sur le lait : une toxine cancérigène a été trouvée dans le lait de 4 producteurs (dont Mengniu Dairy Group) et du mercure a été détecté dans le lait en poudre pour bébé chez Inner Mongolia Yili Industrial Group Co. Ces deux entreprises, parmi les plus grands producteurs laitiers en Chine, ont déjà été impliquées dans le scandale du lait à la mélamine en 2008, qui avait coûté 2,5 Milliards de dollars au secteur laitier chinois.  A la suite de cette crise, les importations de lait ont été multipliées par 4,5 en 4 ans :  les consommateurs chinois, de plus en plus aisés grâce à la croissance économique, préfèrent se tourner vers les produits importés, certes plus chers mais aussi plus sûrs. Pour soutenir la production nationale, de nouvelles normes administratives sont venus alourdir les procédures d’importation.  Désormais seuls résistent les produits laitiers infantiles importés qui représentent  50% de la consommation des chinois, dont les importations ont connu une nouvelle hausse de 30% sur le 1er semestre 2012. 

 

Des efforts, mais souvent insuffisants

Pourtant, les autorités Chinoises ont tenté de prendre des mesures afin de rassurer la population, notamment avec la loi de 2009, censée être plus sévère envers les fraudes.  Cette loi a néanmoins été critiquée, car elle ne définit pas de normes, de budget, de procédures pour obtenir l'application des régulations, et de façon claire de résoudre les différends.

En 2010, sur toutes les entreprises laitières chinoises, seulement 50% ont pu renouveler leurs licences d'exploitation: par cette action, le gouvernement a voulu prouver que les compagnies étaient surveillées et sélectionnées en fonction de leur qualité.

 

De même, le gouvernement a décidé de privilégier les plus grosses exploitations, plus à même d’adopter des innovations technologiques rendant la qualité des produits plus sûre. Ainsi, le pays donnera plus de subventions aux grandes exploitations et aux coopératives.

 

Le 15 juin 2012 fut lancé un plan sanitaire sur 5 ans afin de remettre à plat les normes, punir plus sévèrement encore en cas de fraude et renforcer le contrôle de l'État, qui a par ailleurs préconisé aux grandes entreprises de détenir des fermes afin de contrôler eux-mêmes leurs qualités.

Le gouvernement est même allé jusqu’à proposer 300.000 yuan (environ 37.500 €) de récompense à toute personne dénonçant des sociétés à l’origine de problèmes de sureté alimentaire.

 

Mais ces actions se sont révélées vaines tant les évolutions de l'industrie sont rapides et tant les organismes de contrôle sont peu indépendants, mal coordonnés et financièrement faibles. De plus, malgré ces efforts, un sondage Ipsos datant d'août 2012 a révélé que 61% des chinois disaient faire de moins en moins confiance à la sécurité sanitaire des produits nationaux, et 77% d’entre eux disent préférer acheter des produits importés.

 

Le 10 mars 2013, le gouvernement chinois a annoncé qu’il allait créer un nouveau ministère pour contrôler la qualité de la nourriture et des médicaments chinois. Ce nouveau ministère assumera la responsabilité de la surveillance et des standards de la production, de la distribution et de la consommation, tâches assurées auparavant par pas moins de neuf organisations gouvernementales.

 

Certains producteurs chinois ont désormais trouvé comme recours d'investir en Europe, et notamment en France, afin de profiter de l'image de produits fiables et de qualité. Ainsi, le groupe Synutra International, fabricant chinois de lait en poudre pour bébés, va investir environ 100 millions d’euros dans le Finistère pour fabriquer de la poudre de lait destinée aux bébés chinois.



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