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Dégâts de sanglier: comment lutter?

Grandes cultures
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La FDSEA et les JA du Loir-et-Cher (41) ont réservé une belle surprise en lâchant quatre sangliers dans la cour de la Préfecture, le 22 mars à Blois.  Par cette manifestation symbolique et médiatique, ils ont voulu attirer l’attention du préfet sur les nombreux dégâts aux cultures provoqués par les sangliers, et l’insuffisance des moyens pour lutter contre leur prolifération.

 

                  Lire l'article:  Le sanglier, un nuisible en constante augmentation

 

La prolifération des sangliers accentue les risques sanitaires, car le cochon sauvage est porteur de maladies à l’homme, comme la grippe porcine, ou aux animaux domestiques.

 

Invasif, de moins en moins timide et d’une grande capacité d’adaptation, on le retrouve même en plein cœur des villes.  Les agriculteurs sont les plus touchés par ce nuisible qui peut causer des dommages allant jusqu’à 250.000 euros (aliments consommés par les animaux, remise en état de la culture ou de la prairie, retard de croissance, nouveau semis...). 

 

Les dommages aux clôtures sont souvent importants et paradoxalement, elles sont souvent nécessaires pour prétendre à une indemnisation. Cela peut également entraîner des dommages collatéraux si des animaux domestiques vagabondent sur les routes.

 

En viticulture, les animaux s’attaquent aux fruits dès qu’ils commencent à mûrir, surtout lorsque l’année est sèche car ils cherchent à se désaltérer.

 

Dès lors, comment faire pour préserver son terrain et ses cultures ?

 

Quelles solutions ?

Selon une étude européenne de 2012 publiée par l’Organisation des Propriétaires Européens (*), les nombreux pays affectés par la prolifération du sanglier ont adopté plusieurs types de mesures.

 

1)     L’agrainage

L’agrainage a longtemps été, et demeure toujours une pratique qui porte à controverse, en témoigne la disparité des législations en Europe sur le sujet. Les choix opérés dans les différents pays  démontrent que le nourrissage n’est pas unanimement considéré comme la cause du repeuplement ou du surpeuplement des ongulés.

 

Si l’idée de nourrir les sangliers peut paraitre saugrenue, elle permet néanmoins de les tenir éloignés des champs : une fois repus, ils chercheront moins à venir se nourrir sur les terres agricoles. Un agrainage doit cependant être appliqué avec mesure :

Par exemple, en automne, les sangliers trouvent suffisamment de nourriture dans les bois pour subvenir à leurs besoins, ce n’est donc pas la peine de leur donner trop à manger (cela ne ferait que ne ferait qu’améliorer leur croissance, augmentant le nombre de reproductions). Par contre, les sangliers sont très friands de céréales en lait, qui poussent en période estivale : l’agrainage est ici une bonne solution pour les tenir éloignés des cultures en période sensible.

Ainsi, il faut procéder à un agrainage ciblé et dissuasif, et non à un agrainage intensif, qui viserait à nourrir les sangliers toute l’année avec de grandes quantités et ainsi à former des sortes d’élevages en plein air.

 

Un nourrissage dissuasif ne peut être la cause de l’accroissement du nombre de sangliers, car il n’a pas la même influence sur la rapidité de l’accroissement des sangliers que les fruits forestiers. De plus, les mélanges d’agrainage ne contiennent pas de protéines, et le sanglier étant un animal omnivore, il a besoin d’au moins 10 à 20% de protéines dans son alimentation afin d’avoir une bonne croissance et plus de petits. L’influence de l’engrainage serait donc faible sur la prolifération des sangliers.

 

L’agrainage doit être disposé en petites quantités éloignées les unes des autres. Si l’agrainage est stocké au même endroit, le sanglier se gavera puis ira chercher les compléments pour varier son repas dans le champ à côté. Le sanglier est extrêmement opportuniste, il est capable de se déplacer sur plusieurs kilomètres pour les trouver un endroit où se nourrir.

Si la nourriture est dispersée, il mettra plus de temps à la trouver et à se remplir le ventre, et prendra le reste de son repas sur place au lieu d’aller sur des terres agricoles. Le mieux est de répandre de la nourriture sur des distances beaucoup plus longues (pas seulement sur des traînées de deux cents mètres), irrégulières, si possible en changeant  de temps à autre les itinéraires,  et en interrompant la distribution pendant un jour ou deux. Vous pouvez réaliser cet agrainage linéaire en accrochant un distributeur à l’arrière d’une voiture

 

Ainsi, l’étude démontre que « le nourrissage a certainement une influence sur les sangliers, mais elle est marginale, contrairement à l’idée reçue. En revanche, le rôle joué par le nourrissage  dissuasif est fondamental, non seulement comme outil de prévention pendant les périodes sensibles pour les cultures, mais aussi comme outil de gestion et de localisation des différentes populations. »

Les auteurs ajoutent que le problème de la prolifération des sangliers en Europe « a besoin de solutions locales, plutôt que (d'une solution) nationale ».

 

Pour illustrer ces propos, l’étude mentionne deux expériences, faites dans le Bas-Rhin et dans les Vosges.

L’expérience de l’agrainage rationnalisé a été concluante dans le Bas-Rhin, où 5 fois plus de sangliers ont été tués.

Au contraire, dans les Vosges, l’expérience de l’arrêt d’agrainage a été très décevante : elle a révélé une augmentation moyenne des dégâts dans les cultures du département, et aucune diminution du nombre des sangliers. Ainsi, l’interdiction du nourrissage ne peut pas être la solution au problème.

 

2)     La chasse

Les agriculteurs ne peuvent pas agir seuls : la concertation est primordiale. Il faut donc échanger avec l’ensemble des parties prenantes : représentants politiques, communauté des chasseurs, agriculteurs, propriétaires terriens et environnementalistes, qui sont tous concernés par la présence croissante de sangliers. Devant ce problème, la mise en commun des connaissances est également capitale.

 

Les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes, et leur rôle est essentiel pour résoudre le problème de surpopulation. L’étude nous révèle d’ailleurs qu’une politique  d’incitation aux tirs du sanglier pourrait être adoptée pour inciter les chasseurs à augmenter le nombre de bêtes tuées, la chasse étant un moyen efficace de contrôle de la population des sangliers.

 

Déjà en 2009, le ministre de l’Agriculture Jean-Louis Borloo demandait aux préfets, dans une circulaire du 31 juillet, la mise en œuvre d’un plan national de maîtrise du sanglier : en effet, l’augmentation du nombre de sangliers et les dégradations causées -notamment les accidents de la route- avaient déjà alerté les autorités. 

Plus tard, en février 2011, Nathalie Kosciusco-Morizet, alors ministre de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement, promulgue une circulaire relative au renouvellement des schémas départementaux de gestion cynégétique. Cette circulaire n’interdit pas l’utilisation du nourrissage de dissuasion.

 

Une des solutions concernant les activités cynégétiques  consiste  à  prolonger  la  période  de chasse,  et à abandonner certaines pratiques de tir « éthique »  visant  à  ne  pas  tirer des sangliers  d’un  certain  âge  ou  sexe.  Selon l’étude, il faudrait tout d’abord procéder à prélèvement intensif transitoire et temporaire, le temps de ramener les populations à un niveau équilibré, puis de  pratiquer une  politique  d’abattement  à  long  terme.  Un  simple  plan  annuel, selon les auteurs,  n’aurait  que  peu d’effets  positifs  immédiats.

Les agriculteurs peuvent aussi aider les chasseurs, en aménageant des couloirs de tir le long des semis.

 

Il a été constaté que l’utilisation d’une bonne pratique de nourrissage dissuasif et d’une pratique de tirs moins restrictive sont des solutions envisageables pour une réduction efficace de ces populations.

 

 

(*) : ELO : European Landowners Organization, étude menée en association avec « Les Amis de la Campagne » (Friends of the Countryside), « l’Institut Ibérique pour l’Environnement »  (IIMA, Instituto Ibérico para el Medio Ambiente y los Recursos Naturales) et Wildlife Estates (WE).



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