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Accident nucléaire : quelles conséquences pour l’agriculture française ?

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Le 11 mars 2011, notre confiance dans le nucléaire fut ébranlée par la catastrophe de Fukushima au Japon : un séisme de magnitude 9.0 sur l’échelle de Richter, suivi d’un gigantesque tsunami endommageaient la centrale de Fukushima à 300 km au nord-est de Tokyo, créant une catastrophe nucléaire de catégorie 7, la même que pour Tchernobyl.  

Même si la France n’est pas soumise aux mêmes soubresauts naturels, cet évènement nous a poussés à voir la situation sous un autre angle, et à envisager le pire : l’IRSN publie une étude sur le coût global causé par un accident dans une centrale française, celle de Dampierre (Loiret) à titre d’exemple.

Selon l’IRSN, (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire), en cas de catastrophe nucléaire majeure du type de Fukushima, la France devrait débourser entre 120 et 430 milliards d’euros (soit 6 à 20 % du PIB), avec un maximum de 1000 milliards d’euros pour le scénario le plus grave. La variabilité du coût dépend des conditions climatiques et de la direction des vents (NDLR : dans leur malheur, les japonais ont quand même bénéficié de conditions favorables, avec des vents poussant le nuage radioactif vers l’océan pacifique).

Ces couts seraient constitués par la perte du site nucléaire, son confinement, la prise en charge des réfugiés de des frais sanitaires, la gestion de la zone contaminée, les coûts environnementaux, les frais de décontamination des bâtiments et des sols. 

L’accident causerait sans doute une baisse significative de l’utilisation des infrastructures nucléaires en France, ce qui nous forcerait à nous rabattre sur de nouveaux moyens de production de l’électricité: barrages, photovoltaïque, éoliennes…, ou à importer l’électricité d’autres pays.

Mais au-delà de ces chiffres étourdissants, la réalité est également sur le terrain, et elle aura un impact énorme sur les territoires agricoles situés autour de la centrale incriminée.  Dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, la région se retrouverait contaminée par les particules radioactives transportées par les vents et retombant au sol avec les eaux de pluies et la rosée. Les productions, les sols et les cours d’eau seront contaminés par les particules et déchets radioactifs, ce qui mènera à l’interdiction de vente de la plupart des produits agricoles en provenance de la région touchée. Cela créera ainsi des tonnes de déchets agricoles dont il faudra se débarrasser, des milliers d’animaux devront être abattus.  

Les pertes agricoles se constateront sur plusieurs récoltes. Les plantations persistantes (arbres fruitiers, vignes) devront être arrachées et détruites. Dans la mesure où la terre et l’eau présentent un taux de radioactivité trop élevé et que les particules radioactives restent piégées dans les sols autour des rivières et des lacs contaminés, les terres cultivables seront inutilisables sur plusieurs décennies. L'iode 131 est un isotope radionucléide avec une demi-vie (période radioactive) de huit jours seulement, mais des particules comme le Césium 137 ont une demi-vie de 30 ans, et une contamination sensible jusqu’à 200 voire 300 ans.

Les conséquences sur la faune et la flore seront également importantes : suite à Fukushima, on a noté qu’une hausse de la mortalité ainsi qu’une baisse de la reproduction avaient été observées et que l’on signalait encore actuellement quelques anomalies génétiques dans les plantes et les animaux,  selon le site greenfacts.org.

Une explosion nucléaire obligerait également à modifier profondément nos pratiques agricoles, comme l’ont fait les fermiers autour de Tchernobyl : labour plus profond, pour enfoncer les nucléides qui contaminent tout ce qui sort de terre; ajout de potasse et de calcium au sol pour minimiser les transferts de césium et de strontium entre la terre et la plante, et réduire ainsi l’exposition à la radioactivité.

L’impact en termes d’image est également colossal et aura des conséquences sur les ventes et les exportations: même si les produits peuvent continuer à être vendus, ils le seront à un cours bien inférieur à celui fixé avant l’accident, la réputation de la France et de la région en seront fortement ébranlées. Nul doute que la France perdrait son rang parmi les plus grands exportateurs de produits agricoles, et de première destination touristique mondiale.

En bref, un accident nucléaire serait une véritable catastrophe, dans tous les sens du terme. 

«Sous-estimer le coût de l’accident nucléaire peut conduire à sous-estimer la valeur de sa prévention… » Le propos est de Patrick Momal, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), cité par Libération. Espérons que nos ministres tireront des enseignements de cette étude, lorsqu’elle sera publiée dans son détail.

De son côté, Thierry Charles, Directeur de la Sureté à l’IRSN, déclarait dans les Echos du 11 mars, que les installations françaises avaient été conçues en fonction de la connaissance historique des aléas possibles, plus une marge de sécurité: crues centenaires, séismes millénaires... Selon lui, Fukushima a renforcé la prise de conscience et la nécessité de mieux se préparer à la gestion d’une crise de grande ampleur, et à renforcer les mesures de sécurité déjà présentes sur les 58 réacteurs français.

 

Pour plus de renseignements sur le sujet, vous pouvez consulter les documents mis en ligne par le Ministère de l’Agriculture sur son site, publiés sous l’intitulé « Guide d’aide à la décision pour la gestion du milieu agricole en cas d’accident nucléaire ». Ce guide a été réalisé par l’ACTA (Association de Coordination Technique Agricole) et l’IRSN. Les PDFs sont situés au bas de la page, à cette adresse : http://agriculture.gouv.fr/surveillance-controles-alertes



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