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In vino veritas : le milieu viticole secoué par deux études sur les pesticides

Viticulture
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A peu de jours d'intervalle en ce mois de février, deux études alarmantes ont été publiées. Toutes deux soulignent que des traces de pesticides      sont retrouvées dans le vin, et dans les cheveux des viticulteurs. 

 

 

 

 

90% des vins contiendraient  des résidus de pesticides

La première étude est le résultat du travail des équipes de Pascal Chatonnet, directeur du laboratoire Excell, un scientifique et également vigneron. Excell a analysé 300 échantillons, provenant de vignobles d’Aquitaine et de la Vallée du Rhône. Ces échantillons révèlent que 90% des vins examinés (voire 100% si on retire de la sélection les vins biologiques) contiennent des résidus de pesticides. Ces vins contiennent tous entre 1 et 9 matières actives, des fongicides dans la plupart des cas.

 

Le laboratoire Excell a néanmoins tenu à nuancer son propos, en ajoutant que les pesticides trouvés dans le vin étaient tous en dessous de la LMR (Limite Maximale de Résidus) autorisée sur les raisins de cuve, et souvent dans des proportions très nettement inférieures. Pascal Chatonnet ajoute que la plus grande partie des résidus de pesticides disparaissent lors du processus de vinification. Mais il n’existe pas de LMR pour les résidus dans le vin. C’est le laboratoire Excell qui a créé ses propres LMR, fixées par rapport à la toxicologie des molécules.  

 

Encore des pesticides, cette fois ci présents dans les cheveux des vignerons et des riverains

La seconde étude a été publiée par l’ONG Générations Futures, spécialiste des effets des produits phytosanitaires sur la santé et l'environnement.

Générations Futures avertit que cette étude est le fruit d’analyse faites sur seulement 25 personnes (15 salariés d’une exploitation viticole, 5 riverains habitant près de l’exploitation et 5 habitant plus loin), et que cette enquête  ne reflète donc pas l'état moyen de la contamination dans les vignes françaises. Mais l’association tire tout de même la sonnette d’alarme : des pesticides interdits depuis 2003 ont été découverts dans les cheveux des travailleurs, et quatre d’entre eux présentaient, parfois à forte dose, dix résidus de pesticides différents.

 

En tout, 22 substances ont été détectées, dont 45% sont classées comme cancérigènes possible en Europe et aux USA.

En outre, l’étude révèle qu’il y a « 11 fois plus de pesticides » que la moyenne dans les cheveux des salariés d’exploitations viticoles, et que des résidus de pesticides ont été trouvés dans les cheveux de tous les salariés. Il y a également 5 fois plus de produits dans les cheveux des riverains de ces exploitations.

 

Les pesticides : quel utilisation ?

Face à ces études, l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) a vivement réagi dans un communiqué de presse, accusant Excell et Générations Futures de jouer sur les peurs des Français,  dans la mesure où « présence ne veut pas dire risque ». L’UIPP ne voit aucune nouveauté dans le fait de savoir que des pesticides sont utilisés dans le milieu viticole. Le syndicat professionnel ajoute que les produits phytosanitaires sont utiles, car ils sécurisent les vendanges et la production.

 

Pascal Chatonnet, directeur du laboratoire Excell, concède que des progrès importants ont été réalisés depuis l’époque où les pesticides étaient utilisés sans discernement, mais il reste néanmoins persuadé qu’il faut continuer de réduire ces résidus autant que possible. Il souhaite que les viticulteurs choisissent systématiquement, entre les produits de même efficacité, celui qui est le moins toxique, mais ce n’est encore pas toujours le cas.

 

Afin d’inciter les vignerons à progresser vers une utilisation moindre de pesticides, Excell a mis en place un label, « Nature Plus », qui certifie que le vin contient moins de 5 moléculesphytosanitaires différentes et, au total, moins de 0,05 mg/l de résidus de matières actives.

 

Aujourd’hui, le vignoble français représente 3,7% de la surface agricole utile (SAU), mais consomme environ 20% des pesticides. Qu’en est-il du Grenelle de l’Environnement, dont le plan Ecophyto devait réduire par deux l’usage des pesticides d’ici 2018 ?  Selon M. Veillerette, président de Générations Futures, leur utilisation a augmenté de 2,5 % en 2012. Il rappelle que des cancérigènes possibles sont encore autorisés, et demande au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, de prendre ses responsabilités. Même si cette augmentation s’explique en partie par des conditions climatiques défavorables (nombreuses attaques de mildiou), il est vrai que l’objectif national fixé pour 2018 sera difficilement atteint. La part des vins bio continue néanmoins de progresser, avec 7,4% de la SAU fin 2011, qu’il est prévu de la doubler d’ici là, et que de plus en plus de viticulteurs se convertissent à une agriculture raisonnée.



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