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La sécheresse du Midwest: la plus grande catastrophe naturelle agricole des temps modernes

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Le ministère de l’Agriculture US estime que la sècheresse de 2012 est la plus terrible qu’aient connu les Etats-Unis depuis 25 ans (la dernière remonte à 1988), et la plus onéreuse de tous les temps. Elle aura coûté 35 milliards de dollars aux assureurs américains, soit 1% de la croissance annuelle.

Les Etats Unis sont la plus grande zone mondiale exportatrice de blé.  La sècheresse va donc avoir des répercussions sur le monde entier. Z. John Zhang, professeur de marketing à l’université de Wharton, pense même que l’impact sera plus important dans les pays en voie de développement qu’aux Etats Unis.Les autres effets de la sècheresse sont encore à déterminer. Les consommateurs ressentiront la hausse dans leur porte-monnaie, mais cela devrait être de courte durée. Ils pourront ainsi s’adapter et changer leurs habitudes de consommation pour quelques temps : trouver des substituts à la viande, manger plus de fruits et légumes…

Cette sécheresse d’une ampleur exceptionnelle  fera également monter les prix des denrées alimentaires entre 3 et 4% en 2013. Mais étonnamment, ce nombre est à peine plus haut que la moyenne : durant les 20 dernières années, les augmentations annuelles se sont situées entre 2,5% et 3%.   

Le cycle de vie de l’agriculture américaine implique que la hausse des prix initiée par la sècheresse de 2012 sera effective avec une année de décalage. Pour cette année, la plupart des augmentations des prix vont donc concerner les produits animaliers, notamment les œufs, la viande de bœuf et les produits laitiers, qui ont été particulièrement affectés, non seulement par la sècheresse de 2012 mais aussi par celle de 2011, qui avait privé d’eau le sud des Etats Unis.

 

2013 en perspective

Bien que la saison agricole 2012 soit terminée, la sècheresse prit fin seulement au début de l’hiver 2013. Des précipitations tardives ont aidé à remplir les nappes phréatiques dans certaines régions, mais elles ne suffisent pas à assurer un début prospère à la nouvelle saison, car beaucoup d’endroits dans le pays (notamment le Kansas, premier Etat producteur de blé avec 17% de la production nationale) sont encore en déficit par rapport à leurs réserves habituelles d’eau de pluie, et le blé a été pénalisé durant la période des semis.

 

Réduire le coût financier

Bien que le volume des récoltes de maïs et de soja ait baissé de 20 à 100% selon les régions, la plupart des céréaliers vont amortir l’impact financier grâce à l’assurance récolte, qui couvre environ 80% des cultures les plus importantes aux Etats-Unis.  

La récolte de maïs par hectare devrait baisser de 25% en 2012 comparée à la moyenne, ce qui est à peu près la même chose que pour la sècheresse de 1988. Mais 2011 avait déjà été un mauvais millésime pour de nombreux farmers, avec une sécheresse déjà bien présente. Deux années de suite, cela fait beaucoup…

Bien que le bétail soit aussi couvert par les assurances, les effets d’une augmentation du prix des céréales et du stress des animaux dû à la chaleur mettent les exploitations sous une tension beaucoup plus forte. Incapables de nourrir les troupeaux, de nombreux éleveurs ont été amenés à décapitaliser leurs cheptels.

La sècheresse a donc entraîné une baisse du prix du bœuf, car les éleveurs ont envoyé  beaucoup de bêtes à l’abattoir. Devant la raréfaction de l’offre, l’effet inverse est en train de se produire désormais.  

Pour compenser les pertes, les agriculteurs et éleveurs ont accédé à des programmes fédéraux d’assistance d’urgence dans 2 500 comités des Etats Unis. L’USDA (United States Department of Agriculture) propose également des prêts à taux bas et des paiements échelonnés pour ceux qui auraient déjà fait un prêt et qui se trouvent dans les zones touchées par la sècheresse.

Les subventions apportées aux exploitations – des paiements directs du gouvernement fédéral aux agriculteurs pour soutenir leurs dépenses – sont encore nombreuses, bien qu’elles soient concentrées sur les plus grandes exploitations. Selon l’Environmental Working Group, une association à but non lucratif travaillant dans la recherche, environ 62% de toutes les exploitations du pays ne reçoivent aucune subvention, et seulement 10% des subventionnés ont eu accès à 74% du budget alloué à ces subventions entre 1995 et 2010.

 

Toute la filière agricole est touchée

A terme, c’est l’ensemble de la filière qui sera touchée : fabricants et distributeurs de matériels agricoles, semenciers, exploitants de silos à grains… Aucune activité n’est sortie indemne de cette sécheresse, bien que la douleur ne fut pas équitablement distribuée.

Une faible récolte impacte aussi les compagnies de transport (train et camions). Contrairement aux autres activités, beaucoup de ces entreprises ne comptent pas uniquement sur les exploitations agricoles pour gagner leur vie, les pertes sur le secteur agricole sont donc atténuées par d’autres types de contrats.  

Cependant, d’après Zhang, l’effet de contagion peut se répandre au-delà du milieu agroalimentaire. Tant que les prix augmenteront pour le consommateur, tous les éléments de la chaine logistique seront en difficulté. Même si on peut provisoirement imaginer des possibilités de substitution.

 

Des difficultés naissent des opportunités

Certains domaines en plein essor pourraient voir un tremplin dans cette sècheresse, comme les producteurs de semences OGM. Nous sommes aux Etats-Unis, leur mère patrie ! Les entreprises de bio-ingénierie ont longtemps cherché les modifications qui permettraient aux graines de soja et de maïs d’être plus résistantes au stress hydrique. Certaines des plus grands semenciers américains, comme Syngenta et Monsanto, ont récemment réalisé des progrès importants pour répondre à cette problématique, et deux années successives de sécheresse ont attisé l’intérêt pour leurs semences.

Malgré tout, les agriculteurs américains demeurent optimistes pour 2013, cela se traduit dans les premiers prix constatés pour 2013, élevés sur les marchés à terme. Après deux années difficiles, ils estiment qu’une année « dans la moyenne » leur sera profitable, car la demande est très importante.

Beaucoup d’analystes prédisent que le changement climatique et le développement économique de certaines régions à haut risque vont contribuer à faire augmenter les coûts de réassurance, alors que les conditions climatiques deviennent de plus en plus extrêmes, surtout aux Etats-Unis.  

En fin de compte, comme à son habitude, le dernier mot sera pour Dame Nature. Le succès dépendra du niveau des précipitations du printemps 2013, car les nappes phréatiques sont encore très inférieures à la normale. Tout cela reste donc bien fragile. 



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